Ameublement du style Napoléon III

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Y a-t-il un style Napoléon III ? Si oui, il est fait de diversités et de contradictions. Sinon, il y a une multitude de "styles" qui se juxtaposent durant cette période, se superposent parfois jusqu'à se retrouver sur le même meuble ou le même objet. Pourtant, derrière cet éclectisme triomphant, demeure un je ne sais quoi qui trahit l'époque et en est le reflet. Déjà amorcé sous Louis-Philippe, l'engouement pour tous les styles antérieurs semble la règle avec le Second Empire. On ne cherche pas à créer des meubles nouveaux, mais "à retrouver" des styles qui sont successivement remis à la mode.


Au Louis XIV, on a pris les meubles Boulle avec leurs incrustations de cuivre ou d'écaillé, et aux meubles Louis XV, leurs courbes sveltes et élancées. Le Louis XVI, qu'aimait passionnément l'Impératrice Eugénie, fut, lui aussi, largement mis à contribution. Mises à part les copies "impériales" des meubles de Riesener plus "vraies" que les vraies, les interprétations du Louis XVI empruntent, avec liberté, au style ce qu'il a en lui de plus féminin.
 
Destiné à une société enrichie qui veut briller et  séduire, le mobilier Napoléon III (et le décor qui va avec) veut avant tout paraître. La richesse de l'ornementation tient lieu de qualité, la sobriété étant, à l'époque, synonyme de pauvreté. Le goût est marqué pour les bois noirs (ébène) ou, plus souvent, poirier noirci avec incrustation de cuivre (technique héritée des meubles "Boulle").
Les énormes progrès de l'industrialisation et la mécanisation de la production changent aussi considérablement le marché. Pour répondre aux besoins d'une couche sociale nouvelle avide de considération, l'industrie produit mécaniquement des meubles aux décors qui se veulent raffinés. Pour abaisser le prix de revient, on fait appel à de nouvelle découvertes, on dore les bronzes par galvanoplastie, on remplace l'argent par le ruolz, on utilise les contre-placages pour éviter au bois de jouer. Ces nouvelles techniques, fortement encouragées par l'Empereur lui-même, n'ont pas toujours bien vieillies Si l'utilisation de la scie mécanique se perçoit dans la sécheresse du tracé, celle de la galvanoplastie, plus redoutable, est responsable de la mauvaise conservation de ces bronzes aujourd'hui dédorés.
En cette seconde moitié du XIXème siècle, on recherche avant tout l'aise. Même s'ils sont somptueux, les décors doivent se faire intimes. D'où cette profusion de petits meubles qui sont toujours à portée de main pour rendre tel ou tel service. Travailleuses, tables à jeux, tricoteuses et sièges volants (volants signifie légers et donc facilement déplaçables) se répartissent un peu partout dans les pièces. Guéridons et fauteuils encombrent l'espace. On invente des sièges : les vous-et-moi à deux places face à face, et les indiscrets, à trois places, servent à la conversation en aparté alors que la borne centrale permet de s'asseoir sous l'ombre d'un grand palmier. Le tout est noyé sous le capiton et les franges. Le tapissier règne en maître dans l'ameublement. Comme le décor est conçu pour servir et qu'il bouge, on fixe sous les pieds de petites roulettes de bronze pour en faciliter le déplacement.

Publié dans un peu d'histoire

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